Ils ont écrit, elles ont dit (ou inversement)… >
BS 2009
Oui aux effets de levier
Par Arnaud Caron
Intervention de Monsieur Arnaud CARON
Vice-président en charge des finances
D’un point de vue financier, les années 2004-2008 ont été celles du rattrapage pendant lesquelles les dépenses du Conseil régional de Picardie ont augmenté de 75%. Cette augmentation est due pour partie à la décentralisation, mais essentiellement à notre volonté de donner au Conseil régional les outils nécessaires à une intervention adéquate sur le terrain.
Depuis 2008, ce budget est stabilisé à environ 1 milliard d’euros. Du point de vue financier, le contrat est donc d’ores et déjà tenu. Il a même été dépassé su certaines politiques, comme l’investissement dans les lycées.
On assiste également à une stabilisation de notre taux de réalisation à 90%.
Globalement, ce sont donc 900 millions, en ordre de grandeur, que nous pouvons injecter sur le terrain, au plus fort d’une crise dont nous espérons voir la fin en 2010.
900 millions, c’est le point limite de ce que nous sommes en capacité d’engager sans hypothéquer l’avenir.
Hypothéquer l’avenir, ce serait perdre le contrôle de l’endettement, à l’image de l’Etat, qui s’endettera cette année pour financer ses investissements, le capital de la dette, les intérêts de la dette, et même des dépenses courantes de fonctionnement. Ce n’est pas l’idée farfelue d’un grand emprunt auprès du public, plus cher que le marché, qui y changera quoi que ce soit.
Comparé à l’Etat, notre situation est donc idyllique. Pour autant, les quelques 45 millions de CP inscrits à ce budget supplémentaire (en comptant l’amendement du président), sont loin d’être mineurs. Ils correspondent au respect dans la durée des engagements du Conseil régional, y compris dans ce contexte de crise.
Il ne pourra donc pas être dit que nous sommes restés immobiles face à la crise : ce budget supplémentaire à lui seul représente une coupe de la moitié de notre capacité d’autofinancement, cette capacité d’autofinancement étant elle-même une marge de manœuvre ultime, une poire pour la soif.
C’est dire l’effort que nous déciderons ce midi.
L’idée classique est qu’une relance doit se faire par les grands travaux. Or, ceci n’a aucun effet de levier. Comme si prendre les 45 millions de ce budget supplémentaire, soit moins de 0,01% du PIB régional, et le couler en asphalte ou en béton, correspondait à la nécessité de redresser notre économie.
Notre idée est plutôt de jouer sur les effets de levier, et de déclencher de l’activité qui sinon ne se serait pas faite, l’exemple typique en étant le prêt à taux zéro, pour lequel 1 euro dépensé par le Conseil régional correspond à 10 euros de dépenses en bout de course.
Nos concitoyens voient les conséquences des crises économiques, écologiques et sociales s’abattre sur eux comme la grêle. Nous répondons "présent" et assumons notre rôle de protection et de stabilisation. Pour revenir sur la question budgétaire, nos concitoyens comprennent que ce qui est important, ce n’est pas tant la taille du parapluie que la manière dont on le tient.
Or, s’il est vrai que nous ne pouvons pas indéfiniment accroître la surface du parapluie budgétaire, il reste beaucoup à faire pour le rendre plus imperméable, éviter les fuites et, surtout, le tenir dans la bonne direction.
C’est avec cette volonté que nous construirons à la rentrée le budget 2010. Faisons en sorte qu’il soit l’outil des changements nécessaires à notre temps.
Je vous ai déjà dit que les collectivités ont peu d’autonomie financière. Et nous avons aujourd’hui une première idée de nos recettes pour 2010. En raison de la crise et de l’absence de responsabilité de l’Etat, celles-ci seront stables.
L’Etat voudrait nous presser à la fuite en avant pour nous le reprocher ensuite, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. C’est pourquoi, pour 2010, il nous faudra reconstituer notre capacité d’autofinancement.
Ce budget supplémentaire est exceptionnel à tout point de vue. Par son importance, mais aussi par la manière dont nous le finançons.
Avec la sortie de crise en 2010, après la hausse de nos capacités d’intervention entre 2004 et 2008, le caractère exceptionnel de ce budget supplémentaire ne doit pas nous faire oublier la nécessaire stabilisation de notre budget primitif : alors que les finances de l’Etat vont à vau-l’eau, et que celui-ci n’investit presque plus, les collectivités doivent aujourd’hui être responsables pour deux.
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